• petite mendiante rousse-Emile Deroy

    Œuvre-Une petite mendiante- Émile Deroy

     

     Pour écouter Léo Ferré qui chante Baudelaire, cliquez-ici

     

       A une mendiante rousse

     

    Blanche fille aux cheveux roux,

    Dont la robe par ses trous

    Laisse voir la pauvreté

    Et la beauté,

     

    Pour moi, poète chétif,

    Ton jeune corps maladif,

    Plein de taches de rousseur,

    A sa douceur.

     

    Tu portes plus galamment

    Qu'une reine de roman

    Ses cothurnes de velours

    Tes sabots lourds.

     

    Au lieu d'un haillon trop court,

    Qu'un superbe habit de cour

    Traîne à plis bruyants et longs

    Sur tes talons ;

     

    En place de bas troués,

    Que pour les yeux des roués

    Sur ta jambe un poignard d'or

    Reluise encor ;

     

    Que des noeuds mal attachés

    Dévoilent pour nos péchés

    Tes deux beaux seins, radieux

    Comme des yeux ;

     

    Que pour te déshabiller

    Tes bras se fassent prier

    Et chassent à coups mutins

    Les doigts lutins,

     

    Perles de la plus belle eau,

    Sonnets de maître Belleau

    Par tes galants mis aux fers

    Sans cesse offerts,

     

    Valetaille de rimeurs

    Te dédiant leurs primeurs

    Et contemplant ton soulier

    Sous l'escalier,

     

    Maint page épris du hasard,

    Maint seigneur et maint Ronsard

    Épieraient pour le déduit

    Ton frais réduit !

     

    Tu compterais dans tes lits

    Plus de baisers que de lis

    Et rangerais sous tes lois

    Plus d'un Valois !

     

    - Cependant tu vas gueusant

    Quelque vieux débris gisant

    Au seuil de quelque Véfour

    De carrefour ;

     

    Tu vas lorgnant en dessous

    Des bijoux de vingt-neuf sous

    Dont je ne puis, oh ! pardon !

    Te faire don.

     

    Va donc ! sans autre ornement,

    Parfum, perles, diamant,

    Que ta maigre nudité,

    Ô ma beauté !

     

     

     

    Charles Baudelaire

     


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  • Un masque sonne le glas funebre Odilon Redon

    Un masque sonne le glas funèbre par Odilon Redon.

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    Pour écouter Léo Ferré qui chante Baudelaire, cliquez-ici

     

    LA CLOCHE FÊLÉE

     

    Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,

    D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,

    Les souvenirs lointains lentement s'élever

    Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

     

    Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux

    Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,

    Jette fidèlement son cri religieux,

    Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente!

     

    Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis

    Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,

    Il arrive souvent que sa voix affaiblie

     

    Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie

    Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,

    Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

     

    Charles Baudelaire


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