• Se voir le plus possible et s’aimer seulement

     

    Se voir le plus possible et s’aimer seulement,

    Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,

    Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remord nous ronge,

    Vivre à deux et donner son cœur à tout moment ;

     

    Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,

    Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,

     

    Et dans cette clarté respirer librement ;

    Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

     

    Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,

    C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci,

    C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.

     

    Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,

    Qui vous écoute, et pense, et vous répond ceci :

    Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.

     

    Alfred de MUSSET





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  • L'innocence

     

    Si tu veux nous ferons notre maison si belle

    Que nous y resterons les étés et l'hiver !

    Nous verrons alentour fluer l'eau qui dégèle,

    Et les arbres jaunis y redevenir verts.

     

    Les jours harmonieux et les saisons heureuses

    Passeront sur le bord lumineux du chemin,

    Comme de beaux enfants dont les bandes rieuses

    S'enlacent en jouant et se tiennent les mains.

     

    Un rosier montera devant notre fenêtre

    Pour baptiser le jour de rosée et d'odeur ;

    Les dociles troupeaux, qu'un enfant mène paître,

    Répandront sur les champs leur paisible candeur.

     

    Le frivole soleil et la lune pensive

    Qui s'enroulent au tronc lisse des peupliers

    Refléteront en nous leur âme lasse ou vive

    Selon les clairs midis et les soirs familiers.

     

    Nous ferons notre coeur si simple et si crédule

    Que les esprits charmants des contes d'autrefois

    Reviendront habiter dans les vieilles pendules

    Avec des airs secrets, affairés et courtois.

     

    Pendant les soirs d'hiver, pour mieux sentir la flamme,

    Nous tâcherons d'avoir un peu froid tous les deux,

    Et de grandes clartés nous danseront dans l'âme

    A la lueur du bois qui semblera joyeux.

     

    Émus de la douceur que le printemps apporte,

    Nous ferons en avril des rêves plus troublants.

    - Et l'Amour sagement jouera sur notre porte

    Et comptera les jours avec des cailloux blancs…

     

    Anne de Noailles




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